Lucas, comment es-tu devenu footballeur professionnel ?
Jai débuté dans les équipes de jeunes des Newells Old Boys à lâge de 8 ans. Jai donc eu la chance dappartenir très tôt à une structure professionnelle. Par la suite, tout na pas été facile puisquà lâge de 16 ans, alors que je jouais avec la réserve et que jallais régulièrement faire des entraînements avec léquipe première, je me suis fais opérer des ligaments croisés du genou. Lorsque je suis revenu de cette blessure, je voyageais entre léquipe réserve et la troisième équipe. Cétait une période difficile, je me posais beaucoup de questions à lépoque et je nétais pas sûr de réussir. Finalement, jai fait mes débuts en équipe première à 21 ans. Cétait au mois de novembre 1998 et je savais que si je ne parvenais pas à intégrer léquipe professionnelle à ce moment-là, je devais quitter le club au mois de janvier.
Comment sest passée ton arrivée en France ?
Le président des Newells ne voulait me vendre ni à Boca Juniors, ni à River Plate, les deux gros clubs du pays. Ensuite, javais le choix entre lEspagne avec le Celta Vigo et Marseille. Cest avec lOM que ça sest fait et jétais ravi de partir là-bas. Pour le football mais aussi pour lenvironnement qui ne me changeait finalement pas trop de mon pays.
Es-tu encore en contact avec tes anciens coéquipiers des Newells Old Boys : Maxi Rodriguez, Lionel Scaloni et Gabriel Heinze notamment ?
Tout le temps ! Dès que lon retourne en Argentine, on se voit là-bas. Sinon, ils viennent de temps en temps à Monaco et je me déplace aussi dans leur ville pour leur rendre visite, en Espagne pour Maxi (Atletico Madrid) et Scaloni (Racing Santander) et en Angleterre pour Heinze (Manchester United). Cest plus souvent moi qui me déplace dailleurs
Es-tu plutôt Boca ou River ?
Très difficile
(Il réfléchit longuement) Ce sont deux styles de jeu complètement différents. Boca Juniors, cest plutôt la solidité, le caractère et la gagne, River, cest plus la créativité et le beau jeu. Disons que Boca maurait plus convenu !
La sélection argentine fait-elle toujours partie de tes objectifs ?
(Il réfléchit) Oui et non ! Oui parce que jaimerais évidemment y retourner. Mais non car je ne pense pas que je rejouerai un jour en équipe nationale.
Quelle est la différence entre le jeu argentin et le jeu français ?
En Argentine, les équipes sont beaucoup plus écartées, les joueurs portent plus le ballon, tentent beaucoup plus de faire la différence par des dribbles, en un contre un. Le grand changement en France vient de la rapidité du jeu, ça va très très vite ! Les équipes sont mieux en place et plus resserrées, tout se fait quasiment à une ou deux touches de balle.
Si tu pouvais faire venir un compatriote argentin à lASM FC, qui choisirais-tu ?
Pour ses qualités sur le terrain, je choisirais certainement Hernan Crespo. Je ne le connais pas bien dans la vie mais cest un attaquant que je trouve très fort. Je prendrais également Maxi Rodriguez, pour ses qualités mais aussi pour lamitié qui nous lie.
« Jaime quand on joue simple, toujours en fonction des coéquipiers »
Quest-ce qui a changé depuis larrivée de Laurent Banide à la tête de léquipe ?
Beaucoup de choses ont changé, quasiment tout même. Lambiance au sein de léquipe, les méthodes de travail aux entraînements, la façon de jouer en match, la façon de parler aux joueurs aussi.
LASM FC peut-elle encore terminer dans les cinq premiers ?
Dans le foot, on ne sait jamais. Nous avons les joueurs pour, nous sommes en train de revenir mais ce sera de toute façon une année difficile. Avec une série de trois victoires de suite, tu peux te retrouver en bonne position. Il faut maintenant réussir à faire cette série.
Ce que tu aimes et ce que tu naimes pas actuellement dans léquipe ?
Jaime quand on joue au foot, simple, en mouvement et à deux touches de balle maximum, toujours en fonction des coéquipiers. Et je naime pas quand on perd
La Coupe de France est-elle devenue un objectif cette saison ?
Même avant le début de la saison, cétait un objectif pour moi. Jaimerais beaucoup gagner cette Coupe de France, cest possible cette saison et nous allons tout faire pour y parvenir.
Parmi les recrues cette saison, quels joueurs timpressionnent le plus ?
Yaya Touré et Jérémy Menez, pour la facilité quils ont à jouer au football.
Certaines rumeurs font état de problèmes à un genou, quen est-il ?
Effectivement, jai un souci à un genou. Je me suis fait opérer des ligaments croisés lorsque javais 16 ans et depuis, laccumulation des matches et des efforts me font de nouveau souffrir par intermittence.
Comment as-tu vécu laccueil des supporters monégasques à votre hôtel avant les matches à Troyes et à Lille ? (Une cinquantaine de supporters ont accompagné les joueurs de leur sortie de lhôtel vers le bus qui les emmenait au stade par une haie dhonneur et des applaudissements)
Jétais très surpris et très heureux de voir ça, surtout dans des moments pareils. Avant Troyes, nous étions derniers et cest appréciable de se rendre compte du soutien des supporters dans les mauvais moments. Quand on gagne, cest certain que tout le monde est là mais lorsque lon va moins bien, on a besoin aussi deux. Ils lont compris.
En compagnie de son ami et partenaire, l'Uruguayen Diego Perez
Depuis que tu portes les couleurs de lASM FC, quel est le joueur du club qui ta le plus impressionné ?
Marcelo Gallardo et Fernando Morientes. Des joueurs de très très haut niveau. Ce sont dailleurs les deux joueurs que je regrette le plus davoir vu partir.
Quels types de relations aviez-vous avec Marcelo Gallardo ?
Cétait mon guide ! Il était déjà là lorsque je suis arrivé au club et cest lui qui ma accompagné dans toutes les démarches et qui ma fait découvrir la région. En plus dêtre un grand joueur sur le terrain, cest un véritable ami avec qui je suis encore très régulièrement en contact.
Quelles est ta saison la plus accomplie depuis que tu joues à Monaco ?
2003-2004, celle où nous arrivons en finale de la Ligue des Champions. A la fois personnellement mais surtout collectivement, pour lensemble des choses que nous avons réalisées.
Quest-ce qui a rendu lAS Monaco FC si irrésistible lors de cette épopée européenne ?
Je pense que cest surtout la saison précédente qui a été très importante. On a gagné la Coupe de la Ligue et on sest rendu compte que lon pouvait faire plus et aller beaucoup plus loin. Après, la différence est venue de la qualité des joueurs, on avait une super équipe. Notre force en Coupe dEurope a été de prendre les matches les uns après les autres, sans jamais imaginer que lon pouvait atteindre la finale.
Pourquoi es-tu si fidèle à lAS Monaco FC ?
Pour le projet du club, parce que jaime le club et parce que je me sens bien ici. La première année a été très difficile et à lépoque, je nimaginais pas forcément rester si longtemps. A partir de la deuxième saison, je me suis dit quil était possible de mengager sur le très long terme avec Monaco.
Pourquoi portes-tu le numéro 7 depuis que tu joues pour lASM FC ?
Lorsque je suis arrivé, en 2001, je navais pas trop le choix du numéro. Le 7 était lun des rares de libre et je lai pris sans véritable signification. En revanche, pour les saisons suivantes, jai toujours souhaité le garder.
« Ma fin de carrière ? Monaco ou lArgentine »
Comment as-tu vécu le départ dAndreas Zikos en début de saison ?
Avec beaucoup de tristesse. Cest un joueur qui ne méritait pas une telle sortie. On sentendait très bien sur le terrain. Dans toute ma carrière, cest le joueur avec qui ça sest le mieux passé au niveau de lentente et de la complémentarité. Nous navions pas besoin de beaucoup nous parler, les choses se faisaient naturellement. Lui était plutôt le repère tactique, il assurait beaucoup la couverture et moi je sortais un peu plus, jétais plus à courir partout.
Quel est ton stade fétiche ?
Le stade Louis II, je my sens très bien.
Où envisages-tu de terminer ta carrière de footballeur ?
Ce sera Monaco ou un retour en Argentine. Ca dépendra de pas mal de choses et je ne peux pas trancher aujourdhui mais il est certain que ce sera lune de ces deux éventualités.
Quel est le joueur qui ta fait le plus souffrir sur un match ?
(Il réfléchit longuement) Lors du match à Lyon en début de saison dernière, on perd 2-1 et je me souviens dun joueur qui nous a fait très mal, Hatem Ben Arfa. On ne pouvait pas larrêter !
Quels ont été tes modèles sur le terrain ?
Si tu me demandes le meilleur joueur de foot que jai vu, je réponds Diego Maradona ! Mais à mon poste, les trois joueurs qui mont le plus impressionné et appris sont Mathias Almeyda, Edgar Davids et Roy Keane. Ce sont pour moi les trois plus forts, chacun avec leurs qualités. Jaimais beaucoup les observer.
Quel match ta le plus marqué en tant que joueur ?
La finale de la Ligue des Champions. Cest un tout. Même si le résultat a été négatif pour nous, cétait quelque chose de fantastique. Le moment, le stade, le parcours que nous avions fait pour en arriver là, cétait un jour magnifique pour tout ce que représente ce genre de match.
Quel match ta le plus marqué en tant que spectateur ?
Cétait il y a pas mal de temps, en Argentine. Un match de Newells à domicile, en 1988, lannée où nous sommes champions. On gagne 6-0 contre un gros club du pays, Independiente. Jétais dans les tribunes, cétait la folie dans le stade
Un grillage est tombé et nous avons tous pénétré sur le terrain ! Javais 11 ans à lépoque.
L'international argentin à l'entraînement au milieu de ses coéquipiers
Quel est le plus grand club de foot de tous les temps ?
(Il réfléchit) Certainement le Real Madrid et le Milan AC, pour tout ce quils ont gagné.
Quel entraîneur ta le plus marqué ?
Marcelo Bielsa. Je ne lai pas eu beaucoup de temps, juste à quelques reprises en sélection, mais il ma profondément marqué. Il était aussi entraîneur des Newells au début des années 90, donc jai pu observer son travail, jétais en équipe jeune à lépoque. Il est différent de tout ce que jai pu connaître, dans sa façon de travailler, au niveau des exercices proposés à ses joueurs lors des entrainements. Il ma appris beaucoup de choses, sur laspect tactique principalement.
Quels conseils as-tu à donner aux jeunes footballeurs qui souhaitent devenir professionnels ?
Il ny a pas de secret : il faut travailler ! Cest le plus important. Il faut avoir un peu de chance mais aussi savoir profiter de chaque opportunité pour montrer ses qualités.
Quest ce qui te pousse à être toujours aussi combatif sur un terrain ?
Lenvie de gagner ! Lenvie de tout gagner même. A chaque fois que je rentre sur le terrain, je nai quune seule envie : gagner. Cest ce qui me caractérise depuis que jai commencé à jouer au foot. Il y a encore quelques années, après une défaite, je ne pouvais pas parler dautre chose, je ne pouvais pas décrocher
Aujourdhui, ça va mieux et jarrive à prendre un peu plus de recul.
Quel est ta principale qualité et ton principal défaut sur le terrain ?
Je naime pas parler de moi et je ne lai jamais fait. Concernant mon défaut, cest peut-être de faire trop attention et de trop contester les décisions de larbitre. Dun autre côté, cest quelque chose qui me pousse aussi à faire plus, lorsque ça me parait injuste.
« Jaimerais assez terminer comme défenseur central »
As-tu déjà évolué à dautres postes que milieu défensif durant ta carrière ?
Rarement mais ça mest arrivé. En équipe jeune à Newells, jai fait un peu tout à part attaquant et arrière gauche. Ensuite, je me suis fixé en milieu droit dans un milieu de terrain à trois. Et une fois que jai intégré la « reserva », léquivalent de la CFA ici, je me suis fixé en milieu défensif axial pour ne plus jamais changer de poste.
Envisages-tu de reculer au poste de défenseur central dici quelques temps ?
Cest vrai que jai déjà réfléchi à ça et jaimerais bien finir à ce poste. Ca me plait beaucoup : tu vois mieux le jeu, tu as un il sur tout, tu peux replacer tous tes coéquipiers
Et puis en vieillissant, ça peut être aussi un avantage davoir à courir un peu moins !
Quel est ton plus beau but depuis que tu joues au foot ?
Je nen ai pas marqué beaucoup
Je choisis celui que jai marqué à Nantes (NDLR : le 29 novembre 2003, 15ème journée de Ligue 1, 1-0), une frappe des 20 mètres. Pour le geste, mais aussi pour lensemble des belles choses que lon vivait à cette époque.
A quel âge comptes-tu arrêter ta carrière ?
33 ans, cest selon moi le bon âge pour arrêter et passer à autre chose.
As-tu déjà des projets pour ton après-carrière ?
Jai effectivement des idées mais je nai pas encore pris de décision. Parfois, jai très envie de devenir entraîneur ou de continuer dans le foot. Parfois, je me dis plutôt quil faut que je change complètement de monde, que je décroche
Ca dépend des moments mais jai encore le temps pour faire le tri !
Que penses-tu de larbitrage vidéo ?
Je suis contre. Avec la vidéo, ce serait la fin des polémiques ! Ce serait dommage car ce sont les polémiques, les discussions dans les cafés, entre supporters, qui font le charme du foot.
Tes parents et tout le reste de ta famille vivent en Argentine, comment gères-tu cet éloignement ?
Cest difficile à vivre mais il faut toujours regarder vers lavant. Je me dis que ce que je fais actuellement, cest pour eux, pour mon avenir et celui de ma famille. Nous nous voyons quand même car certains viennent dès quils le peuvent et moi, je retourne aussi là-bas à chaque période de vacance.
La fiche de Lucas Bernardi
Né le 27 septembre 1977 à Rosario (Argentine)
Poste : Milieu de terrain
Taille : 1,71 m
Poids : 67 kg
Clubs : Newells Old Boys (Argentine), Ol. Marseille, AS Monaco FC (depuis juillet 2001)
Palmarès : Vainqueur de la Coupe de la Ligue en 2003, Finaliste de la Ligue des Champions en 2004, Finaliste de la Coupe des Confédérations en 2005
Lucas Bernardi attentif et déterminé face au Marseillais Modeste M'Bami Crédit Photos : F. Chavaroche / Nice-Matin